Le jeûne intermittent : pour qui et pour quoi ?

Nouchka SIMIC - Diététicienne du sport

Le jeûne intermittent : pour qui et pour quoi ?

assiette vide jeûne intermittent

Le jeûne est pratiqué depuis la préhistoire. Il y a plusieurs années, un nouveau type de jeûne a fait son apparition : le jeûne intermittent (ou fasting). Plus court, séquentiel, moins contraignant, il est au coeur des modes « detox » et vanté pour ses nombreux avantages parmi lesquels on se perd souvent, avec difficulté de démêler de cette nouvelle tendance le bon du moins bon. Voyons ensemble ce qu’est le « fasting » et dans quelles mesures le pratiquer.

Le jeûne intermittent ou « fasting » : qu’est ce que c’est ?

Dans le jeûne intermittent, il est question d’alterner périodes de prise alimentaire et périodes de jeûne. L’objectif de cette pratique est de mettre l’organisme au repos, et d’aider (entre autre) le foie, parfois trop sollicité par les repas copieux à mieux effectuer son travail de détoxication.

Concrètement, cela consiste à manger en 16:8 16 heures de jeûne et 8 heures de prise alimentaire.
Le plus simple est d’arrêter de manger à 20h la veille, et reprendre une alimentation normale le lendemain midi. Ainsi, on décale simplement ses repas plus tard sur la journée pour avoir ses apports énergétiques (le but n’est pas de sauter un repas et de se retrouver en restriction alimentaire).

Pendant le temps de jeûne, il est important de veiller à bien boire (eau majoritairement, thé, café, tisane…) pour hydrater l’organisme et aider à l’élimination des déchets métaboliques et des toxines .

Chacun adapte son jeûne à sa façon, en prenant compte de son état de santé et de son activité journalière. Le principe de base est de mettre l’organisme au repos pendant au moins 12h, au moment qui nous semble le plus opportun. Certains conseillent de jeûner le matin, d’autres le soir, mais si vous entreprenez un jeûne intermittent, à vous de voir ce qui est le plus tolérable pour vous en fonction de votre rythme de vie, de votre activité physique et de votre mode de vie familial.

Le jeûne est praticable dans l’optique où il n’y a pas de contre-indication médicale. En effet, cette pratique ne sera pas adaptée pour certains et n’apportera pas réels bénéfices mais sera plutôt pénalisante voir dangereuse et très dure à mettre en place et à tolérer : troubles du comportement alimentaires, dénutrition, pathologies métaboliques, femmes enceintes et allaitantes, certains sportifs…

Qu’est ce qui se passe dans l’organisme lorsqu’on jeûne ?

Comme l’organisme a des besoins constants et des apports discontinus, il doit mettre en œuvre des mécanismes de stockage puis de mobilisation des nutriments.

En période de jeûne, pour continuer à fournir du glucose aux cellules de l’organisme, en particulier au cerveau, l’organisme va mettre en place divers mécanismes. Le substrat mobilisé lors de la première phase du jeûne est le glycogène hépatique (dans le foie) et musculaire.

Lorsque le jeûne se prolonge, les réserves en glycogène s’épuisent et l’insulinémie baisse. On observe une mobilisation des réserves de graisses par lipolyse (catabolisme des triglycérides) et pour pallier au déficit en glucose l’organisme converti les acides gras libérés après lipolyse en corps cétonique pouvant conduire à une acidocétose si le jeûne se prolonge. Les protéines peuvent aussi être mobilisées pour produire du glucose via la néoglucogenèse (fabrication d’éléments glucidiques à partir d’éléments non glucidiques), et le muscle devient un important producteur d’acides aminés, d’où une augmentation de la protéolyse musculaire et une synthèse réduite conduisant potentiellement à une fonte musculaire.

Durant la période de restriction énergétique, le corps adopte un mode de résistance au stress en réduisant la signalisation de l’insuline et la synthèse des protéines.

Bienfaits pour l’organisme

Plusieurs études ont montré les bénéfices d’un jeûne intermittent sur une perte de poids et de masse grasse à court terme ainsi que sur le traitement de l’hypertension artérielle.

Pour Mark Mattson, chercheur au National Institute of Aging du NIH, le jeûne intermittent présente beaucoup de similitudes en comparaison avec l’exercice physique concernant la réponse des cellules de l’organisme au stress. Le jeûne, à condition qu’il soit contrôlé et occasionnel, pourrait donc réduire le stress oxydatif subi par l’organisme. Pendant une période de jeûne, l’organisme doit puiser dans ses réserves de graisses pour trouver de l’énergie. Des corps cétoniques, provenant des acides gras, sont libérés dans le sang et utilisés par les muscles et organes, en l’absence de glucose disponible. Cependant, certains de nos organes (y compris le cerveau) sont glucodépendants et ne peuvent fonctionner sans l’apport de celui ci. Il est donc très important de contrôler le jeûne intermittent et de ne pas se lancer dans cette méthode sans l’avis d’un médecin ou spécialiste, surtout si l’on a des antécédents ou faiblesses.

Le jeûne intermittent a aussi été associé à des risques plus bas de maladies chroniques comme le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Selon une étude récente de l’hôpital Mount Sinai, à New York, cela s’explique par le fait que le jeûne réduit l’inflammation aidant ainsi le corps à combattre de nombreuses maladies chroniques inflammatoires comme le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le cancer et les maladies inflammatoires de l’intestin. Les chercheurs tentent encore de démontrer comment et pourquoi cela se passe ainsi, mais les résultats jusqu’à maintenant suggèrent que le corps en état de jeûne produit moins de monocytes, des cellules sanguines connues pour déclencher l’inflammation.

Mais attention, si le jeûne intermittent présente de nombreux avantages, il n’a pas vocation à guérir les pathologies mais plutôt à les prévenir, et présente parfois des limites à son utilisation.

Risques et limites

Lorsqu’on jeûne, notre corps puise dans ses réserves d’énergie. L’organisme peut avoir besoin de plusieurs semaines pour s’habituer au nouveau rythme. Pendant cette période, des effets secondaires peuvent apparaître comme la fatigue, des maux de tête, de la faim et des sautes d’humeur. La recherche a démontré que le jeûne peut amener certaines personnes à se sentir fatiguées, étourdies, irritables ou déprimées.

Le jeûne intermittent ne convient pas à tout le monde et rappelons que l’objectif principal de son utilisation n’est pas la perte de poids.

Pour les personnes ayant une activité intense ou un besoin d’énergie important, ne rien manger de solide le matin peut s’avérer problématique d’autant plus si elles s’entraînent en matinée. Il faudra alors envisager une autre flexibilité des horaires si jamais l’on veut tester le fasting, et on peut être décaler plutôt le repas du soir, en prenant son dernier repas lors d’une collation dans l’après midi.

En outre, pour les personnes qui souffrent de troubles alimentaires (anorexie, hyperphagie, boulimie…), la pratique du jeûne intermittent pourrait s’avérer très dangereuse pour la santé, le métabolisme, et pourrait entretenir voir aggraver les troubles alimentaires.
Le jeûne devrait être totalement proscris dès lors que la personne souffre de troubles alimentaires et pourrait engendrer plusieurs problèmes :

  • Restriction cognitive
  • Amaigrissement
  • Carences et troubles métaboliques
  • Risque d’obsession et engrenage infernal
  • Compulsions alimentaires
  • Entretien des troubles
  • Renfermement sur soi-même
  • Dénutrition et perte de masse maigre
  • Développement d’autres troubles

Ce jeûne est également déconseillé pendant la grossesse ou l’allaitement étant donné le risque de déficit en nutriments qui dépasse de loin tout avantage potentiel.

Ce régime doit être contrôlé et approuvé par un spécialiste. Ne vous y aventurez pas seul, car le risque de déséquilibre alimentaire n’est pas à négliger.

Conclusion

L’intérêt premier de ce type d’alimentation n’est pas la perte de poids mais la mise au repos du système digestif pour permettre aux organes qui participent à l’élimination (foie, reins), de faire une pause et d’éliminer efficacement les toxines qu’ils ont pu stocker. Ainsi, ce régime peut être suivi occasionnellement en s’accompagnant d’une bonne hygiène de vie et d’une activité physique régulière. En effet, si l’objectif est la perte de poids, inutile de chercher la solution dans ce régime qui n’est pas miraculeux, et si vous êtes en bonne santé et en pleine forme, il est plus cohérent d’adopter une alimentation adaptée à soi, équilibrée, et non contraignante.

Nouchka SIMIC

 

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