Nutri-score : une fausse bonne idée ?

Nouchka SIMIC - Diététicienne Nutritionniste

Nutri-score : une fausse bonne idée ?

Attendu et espéré depuis un moment, le nutri-score a enfin fait son apparition dans nos rayons il y a maintenant quelques années. Grâce à un système d’étiquetage basé sur différentes couleurs et lettres, il permet de juger la valeur nutritionnelle d’un produit alimentaire. Mais alors qu’il n’est toujours pas rendu obligatoire, le logo soulève des interrogations quant à sa fiabilité et semble faire débats auprès des consommateurs et des professionnels de santé. Serait-il finalement une « fausse bonne idée » ?

Nutri-score : Comment est-il calculé ?

Le nutri-score repose sur un système de points, le score le plus faible étant le meilleur. Les résultats du calcul donnent une valeur comprise entre –15 et +40.

  • La couleur verte ou la lettre A correspond à (–15 ; –2) ;
  • Le vert clair ou la lettre B à (–1 ; +3) ;
  • Le jaune ou la lettre C (+4 ; +11) ;
  • L’orange ou la lettre D (+12 ; +16) ;
  • Et le rouge ou la lettre E (+17 à ; +40).

Ainsi, le logo permet au consommateur d’identifier facilement grâce à un système simple et ludique la valeur nutritionnelle d’un produit sans avoir besoin de déchiffrer la liste des ingrédients ou le tableau nutritionnel.

Peu de produits étiquetés

La première limite au nutri-score est le fait que, non obligatoire, les industriels ne sont pas obligés de l’utiliser. Ce qui fait que seulement 1% des entreprises du secteur agroalimentaire l’utilisent actuellement, ce qui est peu.

Intermarché, Leclerc, Auchan, Fleury Michon et Danone se sont engagées à mettre en place le Nutri-score sur l’intégralité de leurs produits. En revanche, le fait est que les grands industriels ne sont pas contraints à apposer le Nutri-score sur leurs produits et des grandes marques comme Coca-cola, Mars, Nestlé et Unilever se sont même dit être opposé au Nutri-score. On peut comprendre que le fait d’afficher un « E » à l’avant du produit ne soit pas la meilleure technique marketing pour vendre.

Il ne prend pas en compte la transformation du produit

En faite, ce score ne donne pas suffisamment d’informations sur les aliments à favoriser ou à limiter étant donné qu’il ne prend en compte que la valeur nutritionnelle de l’aliment. Depuis quand mange-t-on un tableau de valeur ?

D’où le fait que ce logo ne prend pas en compte la transformation du produit et par conséquent l’ajout d’additifs (édulcorants, colorants, conservateurs….) qui ont pourtant un réel impact sur notre organisme. Les additifs alimentaires augmentent les risques de tromperies des industriels au consommateur et les réactions chimiques additif-aliment entraînent non seulement une destruction des vitamines mais ont aussi des effets néfastes que ce soit sur le microbiote ou même sur l’organisme global.

Lorsque l’on sait que les produits riches en additifs cancérigènes ou édulcorants entretiennent l’addiction au sucre et favorisent le diabète et l’obésité, on peut se demander si le « A » vert écrit sur le paquet est vraiment représentatif de la qualité du produit…. Du coup, un biscuit industriel ultra-transformé se retrouvera mieux noté qu’un biscuit bio pour la simple raison qu’il sera moins riche en calories. De quoi pousser les industriels à utiliser des édulcorants en masse pour truquer leur nutri-score et pouvoir afficher un beau A ou B.

Des incohérences qui en découlent

Du coup, les industriels ont très vite compris qu’il suffisait de trouver un moyen d’améliorer le score final du logo. Et pour ça, il suffit juste de rester en dessous de certains seuils, en réduisant de quelques petits grammes certaines teneurs en nutriments (glucides, lipides, sel), et en ajoutant des additifs (édulcorants, conservateurs….) puisque non comptabilisés, ils n’altéreront pas le score final.

Quoi de plus incohérent que de trouver dans vos rayons un Coca Cola light bourré d’édulcorants noté B et une huile d’olive coté D ou E… De quoi tromper une fois de plus le consommateur qui, pensant bien faire, va se tourner vers les soda « light » et bannir les huiles végétales « trop grasses » à ses yeux.

Le score d’un produit surgelé tel que des frites dont la cuisson est terminée par le consommateur sera par ailleurs meilleur que celui qu’obtiendra le même produit après cuisson dans de l’huile de friture.

Enfin, le logo ne prend pas en compte l’impact environnemental du produit et ne s’adapte pas de manière individuel à un individu en fonction de son sexe, âge, morphologie et niveau d’activité physique.

Conclusion

Partant d’une bonne idée à la base pour sensibiliser l’opinion publique, le nutri-score est en faite une façon supplémentaire de tromper le consommateur et d’abuser d’additifs pour afficher un meilleur score auprès de celui ci. Plutôt paradoxal non ? Puisqu’en cherchant un système pour améliorer le mode de vie des consommateurs, on incite indirectement les industriels à se diriger vers l’ultra transformation, fléau de notre société actuelle.

Il faut être conscient que si un produit marqué E est logiquement à consommer de temps en temps, un produit A ou B n’est quant à lui pas forcément sain. Le mieux reste de continuer à privilégier des produits bio et locaux, non transformés, de cuisiner soit même au maximum et de comprendre que l’on ne mange pas un tableau de valeur nutritionnel, l’alimentation pauvre en calories étant bien différente de l’alimentation santé.

Nouchka SIMIC

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *