Troubles digestifs à l’effort

Nouchka SIMIC - Diététicienne Nutritionniste

Troubles digestifs à l’effort

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Beaucoup de sportifs souffrent de troubles digestifs à l’entrainement ou en course. D’ailleurs, près de la moitié des coureurs longue distance (trail, triathlon longue distance, marathon…) se plaignent de désagréments digestifs à l’effort.

Parmi les troubles digestifs le plus fréquemment rencontrés, on retrouve : des reflux gastro-œsophagiens (RGO), des vomissements, des crampes d’estomac, des diarrhées, des ballonnements, des nausées, des saignements… Ces différents troubles sont d’ailleurs à priori responsables de plus de la moitié des abandons lors de courses longue distance.

Quels sont les mécanismes en jeu ? Quelles en sont les causes, et quels sont les principes à suivre pour améliorer le confort digestif en entrainement ou en course ?

Mécanismes physiopathologiques

Facteurs mécaniques

Les troubles digestifs sont nettement plus fréquents dans les activités d’endurance telles que les marathons, les triathlons longue distance ou l’ultra trail, étant donné l’action des chocs successifs sur le tube digestif (que l’on retrouve moins à vélo et en natation par exemple).

Les chocs répétés à l’effort induisent la libération de peptides intestinaux comme le VIP (peptide vasoactif intestinal) et le peptide YY (ayant une action anorexigène) qui engendrent une accélération de la motricité intestinale.

Les contraintes mécaniques induites par l’effort sont également à l’origine de la libération de prostaglandines, molécule qui augmentent la motricité intestinale. Cette augmentation des prostaglandines provoque une accélération du transit avec comme symptômes possibles : douleurs abdominales, vomissements, diarrhées.

La prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens inhibe la production de prostaglandines, ce qui explique que ces symptômes soient assez peu présents chez les coureurs utilisant des AINS. Par contre, les AINS sont responsables d’autres troubles comme l’apparition d’ulcères pouvant donner lieu à des hémorragies. Les troubles de la perméabilité intestinale induits par les AINS entraînent une réaction inflammatoire locale (voir plus bas).

Facteurs circulatoires


La réduction du débit splanchnique (vascularisation de l’appareil digestif) à l’effort peut donner lieu à une ischémie (insuffisance de la circulation sanguine au niveau du tube digestif privant les cellules d’apport d’oxygène) donnant lieu à des douleurs digestives à l’effort.

Cette réduction de l’irrigation des organes digestifs est provoquée par une utilisation plus importante par les muscles en mouvement. Ainsi, l’irrigation du tube digestif peut se voir réduit de près de 45% au profit des muscles afin de maintenir la fonction musculaire.

Différentes études ont mis en évidence l’apparition de sang dans les fèces après une épreuve longue distance (chez 25 à 40% des coureurs en moyenne). Ce phénomène est dû à une vasodilatation des capillaires des muqueuses digestives qui induirait le passage des hématies du sang vers la lumière digestive par perméabilité capillaire.

Diminution de la protection de la muqueuse gastrique

Lors d’un effort, on observe une diminution du film mucoprotecteur gastrique et une augmentation de la sécrétion d’acide, avec pour conséquence une diminution de la protection de la muqueuse et une plus grande sensibilité aux facteurs d’agression (tels que les anti-inflammatoire non stéroïdiens par exemple).

Il y a donc deux mécanismes opposés :

  1. L’augmentation de la synthèse de prostaglandines et de peptides, à l’origine d’une accélération du transit, de diarrhées et de vomissements.
  2. Une diminution du film mucoprotecteur avec augmentation de sécrétions acides induisant une plus grande sensibilité de la muqueuse digestive. Dans ce deuxième cas, la prise d’AINS aggrave le phénomène, contrairement au premier mécanisme pour lequel la prise d’AINS bloque l’action des prostaglandines.

Les causes possibles

Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de troubles digestifs :

Ischémie intestinale

 Lorsque l’on atteint 70% de la VO2max à l’effort, le flux sanguin au niveau intestinal diminue d’environ 80%. Cette diminution du flux sanguin provoque des crampes abdominales et peut être responsable d’hémorragies digestives basses. Comme nous l’avons vu, le sang est distribué préférentiellement aux muscles pour les besoins directs liés à l’effort, entrainant alors un manque d’oxygène au niveau du système digestif.

Facteurs mécaniques

Nous l’avons énoncé plus haut : les vibrations causées par l’effort lors de chocs répétés ont un impact direct au niveau de la paroi abdominale. Chocs étant souvent plus importants sur terrains descendants.

Facteurs nutritionnels

Plusieurs causes nutritionnelles peuvent favoriser les troubles digestifs à l’effort :

  1. L’alimentation avant et pendant l’exercice avec un apport hypertonique favorise la déshydratation (apport en sucre plus important que l’eau). L’augmentation de l’osmolarité ralentit la vidange gastrique et favorise l’apparition de douleurs gastriques.

  2. Le volume alimentaire ingéré et la taille des particules influent également sur la vidange gastrique. D’où l’importance de la mastication pour l’ingestion de solides (utilisons nos dents !). La vidange des liquides quant à elle augmente en proportion de l’apport de boisson jusqu’à un certain point optimal à partir duquel la vidange diminue, induisant douleurs digestives.

  3. Un apport insuffisant en sodium dans la boisson d’effort avec apport exclusif en glucides diminue la vidange gastrique.

  4. La composition des aliments influence la vitesse de vidange gastrique : les lipides l’accélère, les protéines la ralentisse. Les travaux de l’équipe de Maastricht suggèrent que l’ajout d’une faible proportion de lipides dans les rations d’effort permet d’améliorer la tolérance digestive.

  5. L’apport de lipides en quantité trop importante au cours de l’effort peut donc avoir un effet rapide et conséquent sur l’accélération du transit et les troubles digestifs.

  6. Une alimentation trop riche en fibres alimentaires et en graisses cuites lors du dernier repas peut être responsable d’inconforts digestifs étant donné le délai de digestion dont on a besoin pour les digérer.

  7. Un dernier repas trop proche de l’heure du début d’entrainement ou de course avec une digestion non terminée lors du départ et une diminution de la tonicité musculaire.

Mauvaise hydratation

La déshydratation augmente l’ischémie intestinale et favorise les troubles digestifs. 80% des marathoniens sont sujets aux douleurs digestives lorsque leur déshydratation est supérieure à 4% (pour rappel, 1% de déshydratation entraine une diminution des performances sportives de 10%).

L’âge et le sexe

Les femmes ainsi que les jeunes athlètes sont plus sujets aux troubles digestifs à l’effort.

Stress

Le stress joue un rôle sur la physiopathologie du tube digestif et on constate depuis longtemps maintenant que les athlètes présentant un stress psychologique sont plus souvent sujets aux troubles digestifs à l’effort.

Intensité et type d’effort

Dès lors que la durée et l’intensité de l’effort augmente, les troubles digestifs augmentent en conséquent. L’augmentation de la ventilation augmente le contenu gazeux de l’estomac à l’origine de reflux gastro-œsophagiens (RGO).

Les coureurs à pieds sont plus sujets aux douleurs digestives que les athlètes dont le sport les exposent à moins de contraintes mécaniques comme les cyclistes par exemple et cela même lors d’entrainement ou courses longues.

L’hyperperméabilité intestinale

La perméabilité intestinale provoque le passage de substances potentiellement toxiques et/ou polluantes à travers la barrière intestinale. Ce phénomène peut être dû à des troubles intestinaux chroniques.

La diminution du débit sanguin lors d’un effort est compensée par une reperfusion des organes digestifs lors de l’arrêt de celui-ci avec une oxygénation importante au niveau intestinal et une augmentation de la production de radicaux libres, responsable de stress oxydatif. Les cellules de l’intestin ont une durée de vie courte ( 3 à 5 jours) et ne sont pas adaptées à un terrain oxydatif, ce qui fait que la répétition des épisodes d’ischémie puis de reperfusion fragilise le tissu intestinal avec une altération des jonctions cellulaires ayant pour fonction de maintenir l’imperméabilité intestinale.

L’exercice physique augmente donc le phénomène de perméabilité intestinale et un syndrome de l’intestin perméable peut apparaitre si la charge d’entrainement est élevée et l’intensité importante.

A terme, cette perméabilité intestinale peut engendrer inflammations et réactions immunitaires avec des troubles inflammatoires comme des infections ou des blessures. Le stress, la prise d’AINS, un déséquilibre de la flore intestinale et un défaut de mastication sont autant de facteurs qui peuvent aggraver cette perméabilité.

Quelques principes à suivre

Les erreurs à éviter

  1. La prise d’anti-inflammatoire non stéroïdiens fréquente et/ou en automédication ;
  2. Une mauvaise mastication ;
  3. Ne pas tester ses ravitaillements ;
  4. Une consommation de fibres alimentaires avant l’effort ;
  5. Un dernier repas trop proche du départ ;
  6. Ne pas s’hydrater pendant l’effort ;
  7. Une consommation exclusive de gels énergétiques et de sodas.

Mes conseils

  • Avant l’effort, limitez les fibres alimentaires et optez pour un repas complet et digeste : céréales blanches, légumes cuits et protéine maigre avec une source de matière grasse crue ;
  • Hydratez-vous dès le départ de l’épreuve et à raison de 600 à 800 mL par heure d’effort avec une boisson adaptée en fonction de la durée de l’épreuve (eau + glucides + sodium en proportions adaptées) et buvez fréquemment par petites gorgées : pas de grosses prises de liquide ;
  • Lors d’effort de longue durée, répartissez votre apport énergétique entre la boisson et du solide ;
  • Limitez l’utilisation de gels énergétiques ;
  • En récupération, rétablissez le capital minéral et hydrique avec une boisson bicarbonatée type Vichy ou Saint Yorre, et privilégiez un repas complet et digeste.
  • Utilisation de probiotiques afin d’améliorer l’équilibre de la flore intestinale.

Nouchka SIMIC

 

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